«Nous enregistrons trop de morts sur nos routes» 21/07/2016

Le Ministre des Infrastructures, du Désenclavement et des Transports, M. Adoum Younousmi a accordé un entretien à nos confrères du journal l’hebdomadaire « LE PAYS » au cours duquel, il s’est exprimé sur la création du Bureau National de Fret Terrestre (BNFT),  l’entretien des routes, la sécurité routière et bien d’autres sujets.   Je vous souhaite bonne lecture.
En quoi le BNFT sera différent du BNF ?
Le BNF est une structure qui a été créée par décret en 1989 et qui aujourd’hui semble inopérante tant dans l’actuelle  gouvernance que dans l’atteinte de ses objectifs.

A défaut d’une loi instituant un Conseil d’administration au niveau de la structure. Nous avons mis en place un Conseil consultatif qui d’ailleurs ne se réunit plus. Dans ces conditions il n’y a aucun progrès dans la gouvernance. Pourtant les mentalités et l’industrie de transport ont évolué. Nous avons en face des structures beaucoup plus adéquates et adaptées dans les autres pays avec lesquels nous sommes en négociation pour signer des accords dans le cadre du développement de notre réseau. Il fallait pour tout cela créer une structure plus adaptée. 
Quand le BNFT sera-t-il  opérationnel?
Après la loi, il faut un décret d’application qui est en cours d’élaboration. Nous allons tout faire pour que d’ici le mois d’août, la structure soit fonctionnelle. Vous avez vu que la loi elle-même a été adoptée en procédure d’extrême urgence.
Vous avez parlé tantôt d’accords en préparation avec les autres pays, il s’agit de quoi concrètement?
Nous n’avons qu’un seul corridor en ce moment pour nos échanges commerciaux. Nous sommes en train de construire deux autres notamment la route transsaharienne de l’Algérie et celle du Soudan. Avec tous ces pays nous n’avons pas d’accords de transport routier. Il faut mettre en place des postes juxtaposés aux  frontières pour qu’il n’y ait plus de tracasseries. Si vous quittez l’Algérie pour le Niger, il y a qu’un seul  poste de contrôle. Il en faut de même à la frontière entre le Niger et le Tchad. Cela est valable du côté du Soudan.

Pourquoi les routes ne sont pas entretenues ?
Ce n’est pas vrai de dire que les routes ne sont pas entretenues. Elles ne le sont pas entièrement au même moment parce que le réseau est énorme. Nous avons 6000 km de  routes entretenues et 6 000 Km de pistes rurales. Notre besoin est de 40 milliards par an. Mais aujourd’hui on tourne autour de 15 à 17 milliards de recettes. Avec ce gap on est obligé d’entretenir seulement 1/3 de routes prioritaires. Nous réalisons en tout 2,5Milliard avec le BNF. Le reste est complété  avec les recettes pétrolières. A l’époque, nous avons compté sur le pétrole en espérant une hausse de la production, aujourd’hui la quantité n’est pas au rendez-vous et pour cela il nous faut d’autres ressources et  chercher à élargir l’assiette au niveau de BNF pour pouvoir tenir.
Pourtant, il y’a aussi les recettes des péages…
Les péages ne nous rapportent pas grand-chose. Seulement 1 milliard par an. Un exemple. Les week-ends, nous avons 8000 véhicules sur les sortie de N’djamena et les autres jours nous avons 2000 à 2500 sorties. Il ne faut voir les flux sortant mais plutôt les distances parcourues. En général ce sont des gens qui ne vont pas loin et atteignent rarement le prochain péage. Il ne faut pas se fier aux apparences. La route est un patrimoine qu’il faut entretenir et il nous faut mettre cela dans la conscience de nos populations. Pour qu’un poste de péage soit rentable, il faut  8000 véhicules/heure, ce qui est loin d’être le cas chez nous.
Quelle est la situation de la sécurité routière au Tchad ?
Les statistiques ne sont pas bonnes. Nous enregistrons trop de morts sur les routes à la ville comme à la campagne. Plus les routes augmentent,  plus on enregistre de morts. 

Les dos d’ânes en campagne ne servent à rien alors ?
Les dos d’ânes constituent  une solution qui ralentit les véhicules  mais si le chauffeur n’a pas toutes ses facultés, ils deviennent une source d’accident.   
Il y ‘a une année où vous avez annoncé la reconstruction de l’avenue Taïwan et le tronçon prolongement de l’avenue du 10 Octobre qu’est qui explique le retard dans l’exécution de projet?
L’avenue Taïwan qui est une route urbaine s’est dégradée parce qu’elle est empruntée par des gros porteurs surchargés. Une route urbaine ne doit pas être utilisée par des véhicules d’un certain poids. Pour le moment, la seule solution c’est de finir avec la construction du pont à quatre voies  dont les   travaux ont  démarré à côté de l’ancien pont de chagoua et  qui sera prolongé par la route jusqu’à Ngueli. C’est cette voie qui servira de contournement en utilisant les viaducs. Les sceptiques comprendront mieux pourquoi nous avons orienté la construction des viaducs en direction du nord. On pourra dès lors entamer la reconstruction de l’avenue Taïwan qui ne subira plus le poids des gros porteurs. Pour le prolongement de l’avenue du 10 Octobre vers Gassi, le marché a déjà été signé mais le problème majeur reste la crise. On ne peut pas le cacher. 
L’autre cause des accidents est le fait que les permis de conduire s’achètent. Cela est connu de tous mais personne ne semble s’en préoccuper…
Je suis parfaitement d’accord. Il y’a une déréglementation dans la délivrance des permis de conduire, voire même la délivrance des fiches techniques. Nous sommes en train de mettre sur pied certaines mesures pour redresser les choses. Nous comptons appuyer la création des auto-écoles dans les provinces parce qu’il n’y en a pas. Celles-ci doivent aussi adapter leurs formations à l’arrivée des nouveaux véhicules. Aujourd’hui, on ne peut plus apprendre à conduire avec une Renault 4 (R4) comme cela se fait dans certaines auto-écoles de la capitale. 

Dans les autres pays les fiches techniques sont vérifiées par les machines, pourquoi au Tchad on ne peut pas aussi adopter cette politique pour une bonne vérification?

Nous sommes  en discussions avancées pour mettre en place cette structure pour afin d’améliorer la qualité de notre système de délivrance de fiche technique. Mais cela doit relever du partenariat public-privé. Ce qui va entraîner une augmentation du prix de la fiche technique. Nous veillons cependant à ce que ce prix ne soit pas prohibitif pour nos concitoyens.

La création d’un office de régulation de sécurité routière permettra de résoudre le problème?

Evidemment, la loi est déjà en étude au niveau du gouvernement et nous espérons mettre sur pieds dans un an les premiers jalons de l’office.
Propos recueillis par Bishop Asnan Non-Doum Saturnin

 

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